« Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux enjeux de communication entre la Ville de Rouen et la Métropole, et pourquoi est-ce si important pour les habitants ? »
En fait, il faut partir d’un constat qui est très simple : c’est que pour nos concitoyens, tout ça, c’est trop compliqué. C’est-à-dire que les gens sont perdus en général entre qui fait quoi, et même aussi entre le département et la région. C’est pour ça que j’explique souvent que la ville et la métropole travaillent aussi ensemble. Le premier principe que j’essaie de développer, c’est le principe de la cohérence et de l’unité de la communication entre la ville-centre et la métropole rouennaise. En général, la politique que l’on porte doit être très cohérente entre ce qui est fait à la ville ou à la métropole. Le deuxième principe, et qui est très important aussi, c’est l’amplification de l’information, parce qu’on part du constat que l’on pense que les gens sont informés, mais en fait ils ne le sont pas, parce que tout le monde est pris. Donc la communication institutionnelle est absolument stratégique, non pas pour faire de la propagande, mais pour s’assurer que tout le monde est au courant de l’information. Je vous donne un exemple concret : en septembre, on a mis en place la gratuité des transports pour les moins de 18 ans. C’est important, il faut l’expliquer et le diffuser. C’est là où la communication institutionnelle est stratégique, vraiment. Et la troisième chose importante pour la communication institutionnelle, c’est la pédagogie, qui va expliquer et permettre aux gens de bien comprendre. Par exemple, en décembre, on a voté le budget, et c’est très compliqué : d’où vient la recette, où vont les dépenses… Souvent, les gens sont perdus. Il y a l’historique, il faut connaître le niveau des dettes, le niveau de l’emprunt et les investissements, les impôts et le taux d’imposition. L’important pour nous, c’est l’unité de l’information, puis vient l’amplification, et ce n’est pas facile.« Comment percevez-vous le rôle de la presse locale dans le débat démocratique, et quel regard portez-vous sur son évolution actuelle ? »
D’abord, je pense que la presse locale et les médias ont un rôle démocratique très important. On est dans un monde où il y a de plus en plus d’influence, de propagande et d’instrumentalisation. Il y a des médias nationaux (Bolloré pour dire vite) qui sont dans une logique qui n’est pas démocratique, mais plutôt dans un objectif d’influence et de propagande idéologique. Donc, face à cela, ma conviction à moi, c’est que notre débat politique est mis en danger, parce qu’on cherche à influencer les gens et à les orienter vers une propagande. On a donc besoin de médias locaux pour garantir un bon débat démocratique. Est-ce que la presse locale va bien ? Pas trop. C’est difficile ; après, il y a des questions économiques. Ce que je pense, et ce que je veux dire, c’est qu’il y a de nouveaux médias, y compris les réseaux sociaux et les sites web, qui fonctionnent bien. La dernière fois, j’ai fait une interview sur TikTok : j’ai 25 000 abonnés et la personne qui m’a interviewé en a 6 millions. Je vois que ça a un impact. Donc ce média, c’est un rempart démocratique qui est vraiment nécessaire.« Pensez-vous qu’un média de quartier pourrait renforcer la vie locale et améliorer l’information des habitants ? »
Je ne sais pas si un média de quartier a du sens. Ça existe déjà (il y a la radio HDR). Est-ce qu’on peut aller plus loin avec ces médias de quartier, est-ce que c’est forcément pertinent ? Franchement, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que je voudrais plutôt développer la vie du quartier, ça oui, et donc les médias peuvent être utiles pour ça. Souvent, au sein même d’un quartier, les gens ne sont même pas au courant de ce qui s’y passe : soit un projet de la mairie, soit un projet des habitants, une fête de quartier, un concert ou un rendez-vous.
« Quel doit être, selon vous, le rôle des pouvoirs publics vis-à-vis des médias locaux, et comment garantir leur indépendance tout en les soutenant ? »
En tout cas, c’est intéressant, c’est sûr. Après, je mets tout de suite une limite : le pouvoir politique ne doit pas interférer avec l’information, et les médias doivent être indépendants. Il peut y avoir un soutien pour ces médias, logistique par exemple, mais sans influence, en respectant leur indépendance, leur ligne éditoriale ainsi que les sujets qu’ils traitent. Et ça, je pense que c’est très important pour ces médias. Est-ce qu’on en a besoin ? Je pense que oui. Mais chacun a son média : le papier, le web ou la radio. Il faut bien réfléchir à quel média on va s’adresser ; je pense qu’on doit toucher tout le monde. Si je fais un communiqué de presse, par exemple, je ne vais pas toucher les 15–20 ans. Donc il faut bien réfléchir à la manière de construire cela. Je pense qu’on en a besoin.


