Dans cet entretien, Dorian Justin rappelle avec force combien les médias locaux sont essentiels à la vie démocratique et citoyenne. À travers sa chronique Les Chroniques qui Réunissent, il démontre que l’information de proximité ne se limite pas à relayer des faits : elle crée des espaces de dialogue, donne la parole aux personnes invisibilisées et renforce le pouvoir d’agir des citoyens. Son travail met en lumière la dignité, la créativité et l’expertise d’usage des habitants, des patients, des familles et des professionnels, en transformant leurs récits en véritables savoirs collectifs. Avec ses podcasts et reportages participatifs, Dorian Justin construit un média associatif qui lutte contre la stigmatisation, favorise la rencontre et fait émerger une parole publique partagée. Son engagement illustre parfaitement la capacité des médias locaux à être des outils de démocratie vivante, où chacun peut se reconnaître et affirmer que sa voix compte.
1. En quoi les médias locaux rendent-ils la démocratie concrète et proche du quotidien des citoyens ?
Selon moi, les médias locaux jouent un rôle décisif dans la vie démocratique parce qu’ils racontent ce qui se passe à l’échelle des quartiers, des associations, des établissements sociaux et médico-sociaux, des conseils municipaux. Ils donnent chair à la démocratie en la reliant aux lieux de vie, aux visages et aux histoires des habitants. Ils permettent d’entendre celles et ceux qu’on n’entend jamais : personnes en situation de handicap, en précarité, jeunes en protection de l’enfance, familles, aidants…
2. Comment les médias locaux peuvent-ils créer des espaces de dialogue plutôt que de simples polémiques ?
Un média local exigeant et bienveillant peut organiser de vrais échanges : croiser la parole des professionnels, des élus, des citoyens et des personnes accompagnées. Cela permet de passer d’un discours sur les gens à un discours avec eux. On touche alors à une dimension profondément démocratique : la confrontation respectueuse des points de vue, l’écoute, et le renforcement du “pouvoir d’agir” des citoyens. Quand on se sent entendu, on se sent plus légitime pour s’engager, interpeller un élu, rejoindre une association ou co-construire un projet.
3. Pouvez-vous présenter votre chronique “Les Chroniques qui Réunissent” comme exemple de ce rôle citoyen des médias locaux ?
Ma chronique s’inscrit précisément dans cette logique. “Les Chroniques qui Réunissent” est un média associatif de proximité qui utilise le podcast, la vidéo et le reportage pour rassembler des voix qui d’ordinaire ne se croisent pas : celles des personnes accompagnées dans les institutions (hôpital psychiatrique, ITEP, MECS, CHRS, structures handicap…), des professionnels, des familles, des bénévoles et des habitants d’un même territoire. Nous portons des valeurs fortes : dignité et reconnaissance des personnes, lutte contre la stigmatisation, rencontre et lien.
4. En quoi votre chronique illustre-t-elle la construction collective de la parole publique ?
Chaque épisode vise à faire émerger des questions de fond : l’accès aux droits, la place du handicap, la santé mentale, l’inclusion par le logement, l’autonomie au quotidien. Nous ne parlons pas à la place des personnes, nous partons d’elles. Les chroniques deviennent ensuite des supports de discussion pour les professionnels, les élus et les citoyens. Elles sont aussi pédagogiques : apprendre à tenir un micro, préparer une interview, monter un son, c’est se former aux médias et donc à la citoyenneté.
5. Si vous deviez résumer en une phrase, quel serait le rôle des médias locaux ?
Ma chronique “Les Chroniques qui Réunissent” est une série participative qui donne la parole aux personnes invisibilisées pour qu’elles deviennent actrices du récit démocratique. À travers ce travail, je suis convaincu que les médias locaux ne se contentent pas d’informer : ils permettent à chacun de se reconnaître et de dire “ma voix compte”.